vendredi 3 janvier 2014

45 lignes par la Poste

Bon, maintenant que les fêtes sont passées, je voudrais quand même revenir sur l’affaire « Johnny Thijs ». Comme vous le savez, en ce moment, la grande tendance quand tu es patron d’entreprise publique et que tu gagnes très bien ta vie, c’est de démissionner ou d’être viré. Mais, dans le cas de Johnny Thijs, patron de la Poste (B-Post), les choses se sont passées différemment. D’habitude, c’était facile, il suffisait de dire : « Regardez ce type qui gagne des millions ! Il faut le remplacer et réduire son honteux salaire ! ». Mais là, avec le patron de la Poste, ça a été plus difficile. Beaucoup de voix se sont fait entendre pour dire que quand même, celui-là, il était vraiment compétent et qu’il méritait les millions. Alors évidemment, pour le client ou le citoyen lambda, c’est très difficile de juger tout ça. Par exemple, moi, je n’ai aucune idée de ce que c’est que diriger une grande entreprise publique avec des milliers d’employés. Et encore moins de faire tourner une boîte comme la Poste. J’imagine qu’il faut se lever très tôt. A mon avis, le matin, y a une grosse réunion d’équipe avec tous les facteurs ; le patron est debout devant eux et il gueule un bon coup : « Bon allez, vous vous rappelez le principe, vous prenez une enveloppe dans le sac et vous allez la déposer à l’adresse indiquée dessus ! Allez, GO ! GO ! GO ! ». Et là, il faut reconnaître que c’est quand même un sacré défi de motiver des facteurs, quand tu vois la météo parfois, en Belgique, et surtout depuis qu’ils ont mis en place le logiciel qui rationalise les trajets et empêche de prendre un petit café ou un remontant chez Madame Van der Elst comme à la bonne époque. Difficile de se faire une idée donc. Le seul procédé dont je disposais pour juger de la bonne performance de la Poste, c’était de faire ma propre enquête. J'ai commencé par un petit test : j’ai envoyé une lettre écrite par la poste. Eh oui, je ne plaisante pas. J’ai pris du papier à lettre, j’ai écrit la lettre, je l’ai mise dans une enveloppe, je suis allé au bureau de poste pour acheter un timbre (enfin, dix timbres…), et puis j’ai mis le courrier dans la boîte rouge. Eh bien, vous le croirez ou non, mais j’ai posté la lettre le 23 décembre à Ixelles et elle est arrivée le 30, à Ixelles, 900 mètres plus loin. Une semaine ! Une semaine pour faire moins d’un kilomètre. Si j’avais su, je l’aurais fait livrer par un gastéropode la lettre, ça aurait été aussi vite (idée business: "Gaspteropost"). Mais bon, peut-être que je n’ai pas eu de chance, ne tirons pas de conclusion hâtive sur base d'une seule mauvaise expérience. Quoique, j’ai eu mon comptable au téléphone hier. Il m’appelait pour me dire d’envoyer les papiers pour la TVA et il m’a dit un truc bizarre à la fin : « Pour l’envoi, on préfère ne pas utiliser la poste, on fait appel à une société ». Etrange… Bon, j’ai quand même fait un autre test. Je suis allé sur le site de Bpost pour faire un envoi recommandé électronique. Je me suis dit que comme l’e-mail existe depuis le début des années 90, il doit bien y avoir eu, en 20 ans, quelqu’un à la Poste qui a proposé de mettre en place ce service. J'ai trouvé la page concernant ce sujet. On peut y lire ceci : « La loi qui donnera valeur légale au recommandé électronique n'est pas encore définie et donc pas encore d'application. La législation précédemment publiée au Moniteur Belge n'est pas entrée en vigueur. Bpost attend un cadre réglementaire pour commercialiser son service.» Bon là, je me dis que vraiment, on a eu tout faux. Il ne faut surtout pas privatiser la poste. Il faut la politiser d’avantage, ne fut-ce que pour avoir une meilleure coordination avec le législateur. Ceci étant dit, tout ne va pas si mal à la poste. Et il serait trop facile de tirer à boulets rouges sur son patron. Par exemple, ils ont une très bonne campagne de communication. Vous avez vu, les « apporteurs de demain ». C’est très bien fait et ça donne envie d’envoyer des lettres et des colis. Cela donne une image dépoussiérée du facteur : il est devenu « apporteur » ! Et puis surtout, ils ont choisi avec beaucoup d’intelligence le terme « demain ». Ben oui, apparemment, la poste, ce n’est pas encore pour aujourd’hui, c’est pour demain. Ou après-demain. C’est pour ça qu’on aurait peut-être du garder Johnny Thijs : il n'a peut-être pas encore tout délivré.

1 commentaire :

  1. Je ne sais pas quel type de timbre vous avez acheté mais il y a une astuce durant les fêtes de fin d'année. Durant cette période, Bpost traite énormément de courrier et les timbres de noel (Au profit d'oeuvres charitables) ne sont pas prioritaires sur les machines de tri. Il y a plus d'infos à ce sujet sur le site Bpost ( http://www.bpost.be/site/fr/postgroup/press/releases/2008/20081112_timbre.html )

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