jeudi 31 décembre 2009
Santé
En cette veille de nouvel an, je sais qu'on va beaucoup parler de « bonne santé » ce soir. Je dédie donc ce dernier billet de l'année au corps humain, qui est un vrai bijou de technologie. Je me suis coupé le doigt ce matin, en ouvrant une orange avec un couteau trop aiguisé. C'est impressionnant. Ca saigne beaucoup. Mais quelques secondes et un Kleenex plus tard, c'est fascinant de voir avec quelle rapidité le corps se met à travailler immédiatement pour reconstruire la chair entaillée. A l'heure où j'écris, la cicatrice est à peine visible. Si on compare avec une Renault Clio, une imprimante à jet d'encre ou un ordinateur portable, il n'y a pas photo. Il ne faut pas fouiller dans ses papiers pour retrouver la garantie, poireauter au téléphone pour avoir une assistance, prendre congé pour reporter l'engin chez le vendeur, et attendre dix jours pour récupérer son bien en état de marche. Non, le corps humain a cette tendance naturelle à se réparer tout seul et tout de suite. En 2010, l'industrie devrait s'en inspirer et lancer un véritable label « bio ». On pourrait alors prêter moins d'attention aux morceaux de plastique qui nous entourent. Bonne année.
mercredi 30 décembre 2009
Soldes out!
Même si la période officielle ne débute que samedi, les soldes ont bel et bien commencé. Cela se voit au journal télévisé: ils bénéficient déjà de plus de temps d'antenne que les violences en Iran. On annonce des réductions importantes dès le premier jour. Beaucoup de magasins les pratiquent déjà, en mode « silencieux ». Je l'ai bien vu hier, en ville. Je caressais du regard un costume bleu foncé quand une dame s'est approchée de moi et m'a chuchoté: « Entre nous, je le fais déjà à 50% ». Les soldes, c'est chaque année la même chose. Quand ils ont du succès, c'est « à cause de la crise ». Quand c'est un flop, c'est aussi « à cause de la crise ». De toute façon, cette période de prix cassés n'est qu'un prétexte supplémentaire pour ceux qui adorent le shopping tout au long de l'année. On note d'ailleurs un nombre croissant de Belges qui payent leurs achats soldés à crédit. Ceux-là, ils n'ont rien compris: acheter à crédit, c'est exactement le contraire des soldes. Enfin moi, samedi, je ne sors pas de chez moi car je déteste la cohue. Je regarderai la télé. A Téhéran aussi, il y aura surement des mouvements de foule...
Chantons sous la pluie
Il n'y a plus de « chanteur total ». Je veux dire par là qu'avant, il y avait encore des artistes qui savaient chanter, sur de bonnes mélodies jouées par les meilleurs musiciens, et dont les textes étaient de véritables bijoux. Aujourd'hui, il y a une prolifération de chanteurs. Du jamais vu. Mais soit ils ont une belle voix, et chantent des chansons ringardes sur des airs de supermarché; soit ils savent écrire mais souffrent d'une maladie rare des cordes vocales. Il y a aussi ceux qui font semblant de chanter. Ca ressemble à une mélodie mais on n'arrive pas vraiment à distinguer les notes entre elles. On dirait qu'ils parlent en allongeant seulement quelques syllabes. Enfin, il y a ceux qui ont une vraie présence sur scène, mais dont, bizarrement, on ne songerait jamais à acheter l'album. Bref, ils n'ont jamais tout en même temps. Tous ces gens devraient être plus solidaires. Tous ces Delerm, Bénabar, Mika et Garou devraient s'associer. Les bons paroliers devraient céder leurs textes à la plus belle voix, accompagnée par les meilleurs musiciens. Qu'ils arrêtent de courir seuls après cette gloire qui ne dure plus. Au moins, je pourrais revendre mes CD de Claude Nougaro et passer à autre chose.
mardi 29 décembre 2009
Combat nasal
Il y a du positif dans tout. Même dans un bon gros rhume. Certes, ce n'est pas marrant de se traîner toute la journée, le paquet de mouchoirs à la main, avec le nez rouge, bouché, qui coule; et l'impression d'avoir un vieux chewing-gum collé à l'intérieur de l'œil gauche. Mais il y a pourtant de quoi se réjouir: le rhume est la chose la plus démocratique qui soit. Nous sommes tous égaux face au rhume! Il n'y a pas de passe-droit pour les notables, pas de médicament miracle, hors de prix, inaccessible aux petites gens. Ce n'est pas comme un cancer où certains peuvent se payer les traitements les plus pointus dans une clinique américaine. Ni comme une attente de greffe où l'argent et le pouvoir peuvent faire transiter un rein sous le manteau. Ce n'est pas non plus une hernie discale qu'on fait opérer à prix d'or par un médecin réputé. Non, le rhume frappe de la même façon les nantis et les exclus. J'y pense quand je me mouche. Et j'entends au loin l'homme d'affaires dans sa Ferrari, le prince du pétrole sur son yacht, la star de cinéma dans son hôtel cinq étoiles, dont les éternuements intempestifs sont aussi bruyants et humides que les miens.
lundi 28 décembre 2009
La journée mondiale du néant
Le calendrier officiel est très chargé, mais le 28 décembre, il n'y a pas de journée mondiale. Ca se fête. J'instaure donc la « Journée mondiale du néant ». Après Noël, il y n'a pas grand-chose à faire. Le frigo est vide. On n'a plus faim. On est fauché. Et on a vu assez de famille les derniers jours pour aspirer à un peu d'isolement. Bref, la journée idéale pour ne rien foutre. Si vous avez des suggestions, il reste des dates disponibles: le 7 février, le 16 mai, ou le 3 octobre notamment. Attention, ce sera vite complet. Il y a déjà la Journée Mondiale de la photographie au Sténopé (si, si, ça existe). Ce jour-là, interdiction d'utiliser un appareil numérique. Il y a la « journée missionnaire mondiale », mais cela n'a rien de sexuel, et la journée internationale du bégaiement (qui dure souvent plusieurs jours). Et aussi la Journée Mondiale du « psoriasis » ou de la « fibromyalgie ». Ces jours-là, on va voir au dictionnaire ce que veut dire « Psoriasis » ou « fibromyalgie ». Il y a aussi des journées multiples. Le 15 octobre, c'est à la fois la journée internationale de la canne blanche, des toxicomanies, des paysannes et du lavage des mains. Quand je vous dis qu'il n'y a pas grand-chose à faire aujourd'hui...
jeudi 24 décembre 2009
Le fabuleux secret de Noël du petit Diego
A l'approche du réveillon, ayons une pensée pour le petit Diego, cet enfant des bidonvilles qui recevra ce soir son premier cadeau de Noël, au pied d'un sapin illuminé d'Europe occidentale. Toute son enfance jusqu'à l'âge de huit ans, il l'aura vécue dans la misère, sans aller à l'école, avec comme unique moyen de survie les petits boulots qu'offre encore aux gamins de son âge l'économie parallèle de sa cité natale. Après avoir vendu des fleurs, ciré des chaussures, arpenté les marchés, le tube de colle à la main, le petit Diego ira jusqu'à intégrer l'usine du quartier, où il produira de nombreux objets bon marché en bois, destinés à la satisfaction immédiate des touristes internationaux. Mais à l'aube de ses neuf ans, une procédure d'adoption truquée va lui offrir un tout autre sort. C'est au sein d'une famille d'accueil de la classe moyenne qu'il passera son premier vrai Noël. Ce sera aussi un Noël unique, dont lui seul détiendra le secret: grâce au recyclage croissant des cadeaux de Noël et à leurs reventes multiples sur e-bay, Diego sera ce soir le premier enfant au monde à recevoir comme cadeau, un jouet en bois qu'il a fabriqué lui-même.
mercredi 23 décembre 2009
Let the sunshine in
Voici une autre histoire vraie. Hier, j’ai vu un truc que je n’avais jamais vu auparavant. Ça mérite d’être raconté. Dans une file au feu rouge, le conducteur de la voiture qui me suit a le visage éclairé ! Parmi l’obscurité du matin, au volant d'une grosse berline noire, un conducteur en tenue sombre avec un halo de lumière en pleine face, c’est impressionnant. Un peu comme si je croisais, sur la petite ceinture, Dieu qui va au bureau en Audi A6. Pris de curiosité, je me place à sa hauteur au feu suivant. Rien de mystique dans cette apparition matinale: le conducteur a installé une lampe bronzante sur son rétroviseur central et un spot puissant et aveuglant s’allume dès que la voiture est à l’arrêt. Plus tard, j’ai repensé à cette histoire de changement climatique. Je me suis dit qu’au fond, changer de climat, on le fait tous les jours. Quand il fait chaud en été, l'air conditionné va tellement fort qu'on se croirait au rayon frais de chez Colruyt. En automne, on fait tourner les chaufferettes pour rester en terrasse le plus longtemps possible. Et voilà qu'on bronze en plein hiver, y compris au volant, comme ce type dans son Audi "Sunshine".
lundi 21 décembre 2009
"Arbeit Macht Frei"
On dirait qu’Internet est devenu l’endroit rêvé pour réinventer l’histoire. Dès qu’un événement a lieu, on trouve toujours une bande d’internautes créatifs pour mettre en doute sa véracité. Cela existait déjà auparavant. Mais sur le web, cela va plus vite et cela s’étend comme une tâche d’huile. Que garderons-nous de l’incident Berlusconi ? Une agression ou un complot ? Difficile à dire. Car pour beaucoup de lecteurs, seuls la loi du nombre et l’impitoyable algorithme des moteurs de recherche auront le dernier mot. Refaire l’histoire. C’est aussi ce que proposent de plus en plus d’entreprises spécialisées en « réputation numérique ». Elles s’activent à effacer pour vous les traces les plus gênantes de votre présence en ligne, afin de vous refaire une virginité auprès de vos employeurs potentiels, de vos clients ou de vos électeurs. Avec le tout numérique, l’histoire se volatilise, se défragmente, se reboote, se reformate. Elle n’est plus crédible. Ce qui compte aujourd’hui, ce sont ses preuves matérielles, ses traces physiques. Mais vu ce qui s’est passé cette semaine à Auschwitz, rien ne dit que cela sera plus facile à conserver.
dimanche 20 décembre 2009
Vingt mille lieues sous les neiges
Et si on allait faire notre shopping de Noël à Londres? C'était la mode jusqu'aux incidents du week-end. Deux mille passagers ont passé la nuit de vendredi à samedi dans le tunnel sous la manche. Au-delà de la compassion pour les personnes dont le mini-trip a été transformé en calvaire, on peut tirer quelques leçons de cet événement. D'abord, il neige sous la mer! On pensait vraiment que l'euro-tunnel était le dernier endroit où la météo pouvait bloquer un train. Eh bien non! Là aussi, c'est le bordel. Ensuite, le syndrome du Titanic a encore de beaux jours devant lui: certaines personnalités voyageant en première classe ont pu quitter les trains bloqués en priorité. Enfin, le syndrome de Stockholm, qui pousse les otages à s'attacher à leur ravisseur, fonctionne aussi dans l'Eurostar: des passagers bloqués plus de seize heures dans un train refusaient de le quitter à Londres en réclamant des compensations plus dignes! Mais il y a quand même une bonne nouvelle dans tout cela: la libéralisation des chemins de fer est un succès. La concurrence fonctionne à merveille. Avec 20.000 passagers en attente à Calais, Eurostar a clairement décidé de se positionner en challenger de la SNCB.
samedi 19 décembre 2009
3 pages en 13 lignes
Trois pages ! Deux semaines de réunions, cent nonante-deux chefs d'état, des milliers de délégués et de représentants d'organisations non gouvernementales, des milliers de manifestants et autant de policiers et d'agents de sécurité, et voilà le résultat: un document de trois pages à peine. A côté de cela, les parlementaires wallons en Californie peuvent être fiers de leur mission. Ils avaient bien bossé finalement. Mais ne critiquons pas tout en bloc. Si l'accord de Copenhague est bien maigre, c'est aussi du à une prise de conscience mondiale: il faut préserver les forêts! Et puis, ces trois pages sont tout de même assez denses, même si on peut les résumer en quelques lignes. En voici la synthèse: le Chinois pourra acheter sa première voiture, l'Européen devra revendre sa seconde voiture, l'Américain devra échanger sa grosse voiture contre une petite, et tous se cotiseront pour payer un vélo à l'Africain. Voilà. Tout le monde est content et en plus ce n'est pas obligatoire. Il n'y a qu'une question qui n'a pas été tranchée: qui va prêter son bateau aux habitants de Tuvalu?
Une recette simple en 13 lignes
Je me passionne pour la cuisine en ce moment. Aujourd'hui, j'aimerais partager avec vous une recette très courante et pourtant rarement expliquée par écrit: « le spaghetti bolo à l'estudiantine ». Dans une vieille casserole, faire cuire 200 grammes de spaghettis de la marque « numéro 1 » dans l'eau bouillante. Egoutter et laisser reposer 48 heures sur une table encombrée, avec le chauffage à fond. Dans un autre récipient, réchauffer un bloc de sauce bolognaise congelé depuis six mois. Laisser reposer la sauce 24 heures sur la même table, et les 24 heures suivantes au frigo, sans couvrir la casserole. La veille du repas, boire une dizaine de bières en canette, d'affilée et sans manger. Se coucher directement ensuite. Le lendemain, vers onze heures, détacher la sauce bolognèse à l'aide d'une cuillère à soupe et la mélanger aux pâtes. Réchauffer le tout à feu doux en remuant de façon énergique à l'aide d'un ustensile en bois, et en jurant. Astuce: ajouter une noix de beurre. Lorsqu'une odeur de brûlé se dégage, servir immédiatement avec du fromage rapé. S'accompagne idéalement d'un soda de marque bien frais. Ceux qui salivent savent de quoi je parle.
Quoi ma gueule?
Cela fait partie de ces études scientifiques dont on se demande toujours: "mais combien cela a coûté?" A l'aide de tests sur des photos diversement retouchées, des chercheurs canadiens et américains sont arrivés à la conclusion suivante: la beauté est avant tout une question de proportions du visage. Ca alors! Quelle découverte! Il était temps qu'on perce le mystère! Vous pensiez que la beauté du visage était d'abord liée à la marque des chaussures? À la forme des doigts de pieds? A la date de naissance? Au signe astrologique? A la façon de faire un créneau? A la connaissance des langues? Eh bien non! Vous aviez tout faux! La beauté, c'est une question de distance entre les yeux et la bouche. Et heureusement que deux pays ont décidé de financer cette recherche pour mettre fin à toutes les hypothèses saugrenues. On comprend enfin pourquoi les mannequins ont tous à peu près la même gueule. On comprend aussi pourquoi un homme qui a un œil qui pendouille est moins beau qu'un autre qui a les yeux bien parallèles. Par contre, l'étude n'explique pas pourquoi les vidéos de Susan Boyle ont été les plus vues sur le Net en 2009.
vendredi 18 décembre 2009
Il neige sur Liège
La neige, c'est comme tout le reste dans la vie: il y a des côtés positifs et des côtés négatifs. Le positif, c'est que "c'est magnifique ce tapis blanc qui recouvre la ville, les enfants sont si heureux". Le côté négatif, c'est que c'est dangereux, ça glisse, ça provoque des accidents en cascade, sans gravité mais toujours ennuyeux quand il faut remplir un constat d'accident avec des moufles, c'est rempli de sel qui bousille les chaussures, ça se change vite en une matière infâme qui éclabousse les bas de pantalon sous le pas hésitant des piétons, ça crée des embouteillages monstres, ça annule les avions, ça retarde les trains, ça tombe en vrac sur les sièges de voiture quand on ouvre la portière, c'est mouillé, c'est froid, ça cache des choses peu réjouissantes, ça me réveille à cause du voisin qui a décidé de déblayer le trottoir à la pelle à 6h30 du matin, ça transforme une toyota Yaris neuve en un gros bonhomme aux cheveux blancs dégarnis, ça éblouit, ça ne sert à rien, ça ne dure pas, ça provoque au minimum deux jours d'emmerdements généralisés. Enfin voilà, la neige c'est comme tout dans la vie. Il faut juste savoir regarder le positif. C'était quoi déjà?
jeudi 17 décembre 2009
Le Père Noël est une ordure
Selon une étude australienne très sérieuse, le Père Noël, qui a le ventre rond, se déplace en traîneau, fume parfois la pipe, mange du gâteau ou boit du Brandy selon les traditions, est un très mauvais exemple pour la santé de nos enfants. On lui reproche aussi de ne jamais porter la ceinture et de rouler sans casque. L'obésité, les cancers, l'alcoolisme, les accidents de la route, la pollution de l'air, ne cherchez plus: on a enfin trouvé le responsable de tous les maux de notre société. L'étude montre une nette prépondérance de ces fléaux dans les pays où le Père Noël sévit. Dire qu'on a voulu accuser l'école, les parents, la télévision, les jeux vidéo... Non! Le vrai coupable, c'est cette espèce d'ivrogne, obèse, qui sent le vieux tabac et qui nous refait son show tous les ans en ricanant derrière sa barbe. On ne sait rien de sa vie privée mais je suis sûr qu'une enquête approfondie devrait vite donner des circonstances atténuantes à un Tiger Woods, un Berlusconi et même un Polanski. On ne se laissera plus avoir cette fois! On va l'attendre de pied ferme en bas de la cheminée. Vous allez voir la raclée qu'il va prendre. En plus, avec la crise, il paraît qu'il est fauché...
Route 66
Ce qui est embêtant dans l'actualité, c'est la contextualisation permanente. La contextualisation, c'est ce truc qui oblige le journaliste a raconter tout ce qui s'est passé avant pour apporter une nouvelle information. Exemple: « Johnny sort du coma ». Il faut expliquer pourquoi il y était, que ce n'est pas la première fois, que son médecin s'est fait agresser, qu'il a eu un cancer, une extinction de voix, qu'il a reçu la visite de Nathalie Baye, qu'il a eu un enfant avec elle, etc. En fait, un journaliste consciencieux doit remonter à l'Empire romain, voire à l'Age de glace pour faire comprendre le sens d'une information. Mais les journaux sont déjà épais et ce n'est pas très écologique. Et l'historique ne permet pas toujours de comprendre la logique d'un événement. Cela vaut pour Johnny aussi qui, dans l'ordre, a chuté sur un bateau, eu un cancer, une extinction de voix, une hernie discale, une opération foireuse, une deuxième opération, a été deux fois dans le coma... Et c'est au moment où il « va beaucoup mieux », « est tiré d'affaires » et « plaisante à nouveau », et dit « bon allez, on y va maintenant! », qu'on nous annonce que sa tournée est annulée! Soit les producteurs sont devenus médecins, soit on a oublié de nous donner une info.
mardi 15 décembre 2009
La langue au chat
Voici l’énigme du jour. Dans une commode Ikea, deux tiroirs. Chaque tiroir comprend 10 cormorans. La moitié d'entre eux sont atteints d’une maladie grave, dont le principal symptôme est l’apparition d’un point noir sur le front. L’autre moitié porte des gants roses. Huit cormorans sont animateurs radio. Ils se retrouvent chaque matin dans la véranda pour le repas du soir. Un des cormorans est chargé de la cuisine et n’est donc pas assis à table (c’est important pour la suite de l’énigme). Chaque chaise est numérotée de 1 à 32. Un tiers des cormorans restants est végétarien. Lors du treizième repas, un des cormorans se tue en voiture contre un platane. Le chandelier est retrouvé intact. Question : combien d'allumettes iront à l’enterrement ? Naturellement, vous pouvez vous faire aider par vos proches ou poser des questions. Vous avez tout le temps pour réfléchir. Oui je l'avoue, je regrette un peu la mode de ces énigmes qu’on devait deviner à l’école, en famille ou autour d’un verre entre amis. Aujourd’hui, avec Google, on ne donne plus sa langue au chat : toutes les solutions sont là, à portée de clic. Du coup, les nostalgiques sont obligés de s’inventer des énigmes sans solution, pour être sûrs...
lundi 14 décembre 2009
Climat de confiance
L'actualité des derniers jours a été très violente et bien triste. Concentrons-nous donc aujourd'hui sur les bonnes nouvelles du jour. D'abord, l'annonce de Bénabar qui met fin à sa carrière de chanteur. Non, non, là je plaisante... La bonne nouvelle du jour, c'est la fin du réchauffement climatique. En une semaine à peine, le sommet de Copenhague a déjà des effets très concrets sur notre climat: - 1 degré cette nuit, - 2 demain et jusqu'à -7 durant la nuit de jeudi à vendredi dans les Ardennes. Comme le résume bien « Dylan92 », journaliste indépendant sur le web: « Trop foooorts ces Suédois! » Mais il ne faut pas crier victoire trop vite. J'ai constaté en effet depuis hier que beaucoup de gens abandonnent déjà leurs comportements écologiques. Mon voisin, par exemple, qui est très frileux, ressort son 4x4 pour aller chercher ses croissants le matin. Devant les écoles, les parents rechignent à éteindre le moteur de leur voiture en attendant leur bambin. Et les vieux chauffages dans les locaux mal isolés se sont remis à tourner à bloc! Bref, la planète est sauvée, mais on n'a pas encore passé l'hiver...
Berlusconi opéré Delajoux
Je suis tellement fier d'être Belge aujourd'hui, fier d'habiter ce petit pays paisible où il fait si bon vivre. On l'a bien vu ces derniers jours: nos grands collègues européens n'ont pas du tout la même façon d'aborder les problèmes. Chez nous, lorsque il y a un désaccord, nous avons des voies de recours, des pétitions, des forums sur le net, des actions en justice, des procédures de conciliation, des tribunaux, des formulaires de réclamation... Nous avons tant de possibilités pour faire entendre notre voix qu'il faut en général plusieurs années, voire des décennies, pour les épuiser toutes. Cela nous occupe. On passe le temps. Et même si notre colère du début n'a pas totalement disparu, nous sommes au moins apaisés, en tous les cas trop fatigués pour songer à commettre un acte de violence. Dans les autres pays européens, c'est très différent. On vient de le voir en France et en Italie. On y trouve les mêmes possibilités pour se faire entendre légalement. Et pourtant, il y a souvent une bonne raclée ou un coup de poing dans la gueule qui se glissent en cours de procédure.
Double casquette
J'ai remarqué que les conducteurs les plus dangereux portaient une casquette. Mais il y a deux catégories: les moins de 25 ans et les plus de 75 ans. On les distingue facilement car ils ne portent pas du tout le même genre de casquette. Leur comportement est aussi très différent. Les moins de 25 ans roulent très vite. Les plus de 75 ans roulent très lentement, là où l'on ne s'y attend pas du tout. Les jeunes à casquette vous font les coups les plus vaches: coup de frein soudain, queue de poisson, dépassement à l'approche d'un passage pour piéton près d'une école. Les seniors, plus paisibles, n'en sont pas moins vicieux: clignoteur gauche pour virer à droite, montée sur autoroute à 62 km/h, frôlements de rétroviseur. Chez le moins de 25 ans, qui a payé lui-même son permis de conduire, le délit de fuite après un accident grave est tout-à-fait conscient. Chez le plus de 75 ans, qui a reçu son permis, le délit de fuite est juste une inattention, un oubli, un problème de vue ou une insensibilité aux chocs. Un point commun: tous les deux pensent qu'ils sont seuls à posséder une automobile. Le plus vieux car il croit qu'on est en 1957, le plus jeune parce que c'est un con.
samedi 12 décembre 2009
Offre spéciale
Je tolère une part d'absurdité dans ce monde, mais j'en ai assez de voir des publicités sur Internet qui proposent des connexions à Internet. Cela pouvait avoir un sens au début, quand il n'y avait qu'une ou deux personnes connectées dans le quartier: « Maman, je vais chez la voisine, elle va me montrer son Internet ». A l'époque, on surfait en groupe, et une telle pub pouvait sans doute toucher de nouveaux clients potentiels. Mais il y a aussi l'électricité, le téléphone, le gaz: tous ces gens qui appellent pour nous vendre quelque chose qu'on a déjà, c'est très perturbant. C'est un peu comme si au restaurant, alors que vous avez déjà bien entamé un moules-frites, un gars sort de nulle part et vous dit « Ca vous dirait des nouilles sautées au poulet ou un steak tartare à la place? Réfléchissez! ». Mais il y a encore plus agaçant: les forfaits irréalistes. "1000 SMS gratuits par mois!" Cela fait quand même 33 SMS par jour! Pourquoi pas 5000 tant qu'on y est? Là aussi, la comparaison avec le restaurant s'impose: « Avec la formule Chop Choy, vous recevez en prime 25 croquettes de soja! » Tout cela ne me donne pas très envie de faire du shopping ce samedi...
vendredi 11 décembre 2009
Le chanteur abandonné
« Bon les gars, il va falloir se préparer! Je pense que ça y est, là: on peut lancer la production en masse. On peut d'office activer les presses pour la compilation réduite, avec les 20 meilleurs tubes. Là, on peut déjà tabler sur un lot de 2 millions pour commencer. Rudy, tu t'occupes de dessiner la pochette? Je t'ai amené des magazines pour que tu puisses décalquer à l'aise. Ne prends pas des photos trop récentes, il n'a pas bonne mine. Bon alors, je veux qu'on réfléchisse sérieusement à l'édition intégrale de luxe « Quoi ma gueule? », avec tous les morceaux. C'est un gros investissement vu l'étendue de sa carrière. Je pense qu'il faut scinder en périodes. Sinon, ça va rester un marché de niche. Il faut aussi faire le design du vynil collector « Que je t'aime », LE cadeau pour les fêtes si le timing est bon. Michel, tu peux nous pondre trois chansons pour le printemps, qu'on sortira comme inédits posthumes? Tu reprends le style 80 et 90. Appelle Goldman, il peut te tuyauter. Bon les gars, faut pas perdre de temps! On est déjà en retard, là! Pas envie de bosser des nuits comme avec Jackson! Allez, au boulot! »
mercredi 9 décembre 2009
Pendant Jésus-Christ
Je viens d'avoir un long questionnement en décorant mon premier sapin de Noël. Que fête-t-on exactement le 25 décembre? Tout le monde me dit qu'on célèbre la naissance de Jésus-Christ. Mais alors que fête-t-on le 1er janvier? Toutes les dates historiques sont suivies de la mention « avant JC » ou « après JC ». Et le messie est le seul à avoir une date de naissance suivie de la mention « pendant JC ». Cela veut dire que sa naissance marque la limite précise entre l'an 1 avant JC et l'an 1 après JC. Il est donc fatalement né le 31 décembre à minuit, mais certainement pas le 25! Autrement dit, tout cela est une vaste connerie. Et si je suis en train de bouffer de l'épine de sapin en 2009 après JC, c'est sur base de cet énorme mensonge! Il doit y avoir une explication logique. A mon avis, il est bien né le 25 décembre, mais le temps que Joseph dessaoule et se rende au service Population pour déclarer la naissance, il faut déjà compter deux jours. Sans parler du fait que la plupart des administrations faisaient surement le pont pour les fêtes. Ca tient la route. Jésus est donc bien né le 25 décembre de l'an 1 avant JC, mais la commune ne l'a encodé que le 31. Bon, il faut que j'arrête d'y penser car je perds la boule.
lundi 7 décembre 2009
Jeter l'encre
Après des décennies de lutte pour la diversité, après deux guerres mondiales, après des années de terreur et de loi du silence, après l'emprisonnement ou l'exécution de milliers de journalistes, après la chute du mur de Berlin, après de multiples censures en tous genres, après avoir été enfermés dans un contrôle politico-financier insidieux, après Amnesty International, après la charte de Munich, après « Reporters sans frontières », après les tortures, les étouffements, les menaces, les procès d'intimidation, après la Révolution Française, après la déclaration universelle des droits de l'Homme, après la Pravda, après tant de batailles, gagnées par le culot, la sueur et parfois le sang, après de nombreux combats pour le pluralisme et la liberté de la presse, 56 quotidiens ont décidé aujourd'hui de publier le même article en même temps! Alors là les gars, bravo! Et en plus, c'est un éditorial qui s'adresse aux chefs d'Etat à Copenhague: 192 lecteurs qui n'ont pas le temps de lire les journaux! Mais le pire, c'est qu'il s'agit d'un cri d'alarme pour sauver l'environnement. Vous savez combien d'arbres on a du abattre pour votre "buzz" du jour?
Bons baisers de Copenhague
Chers parents,
Nous sommes bien arrivés à Copenhague, impatients d'y passer ces quelques jours en amoureux. La bague est prête, mais je n'ai pas encore trouvé l'occasion de faire ma demande. Il faut dire que nous sommes très déçus par l'endroit: ce n'est pas du tout comme dans la brochure! On pensait que c'était une ville calme. Dès l'arrivée à l'aéroport, nous avons vite déchanté. Je n'ai jamais vu autant de monde! Et dans le centre, ce n'est pas mieux! Il y a plein de touristes du monde entier qui courent partout avec leur appareil photo. Et ils ont l'air stressé! Sans parler de la pollution de l'air! Il y a des embouteillages monstres toute la journée. Et en plus, je pense que ce n'est pas une ville très sûre. Car depuis la fenêtre de notre chambre d'hôtel, nous avons déjà vu plusieurs convois de voitures de police, sirènes hurlantes, traverser l'avenue à vive allure. Non, vraiment, Copenhague ne mérite pas sa réputation de ville calme, verte, paisible, où il fait bon vivre. Je suis tellement déçu que je me demande même si c'est une bonne idée d'offrir ma bague maintenant. J'ai comme l'impression que ce n'est pas une ville pour faire de grandes déclarations...
Nous sommes bien arrivés à Copenhague, impatients d'y passer ces quelques jours en amoureux. La bague est prête, mais je n'ai pas encore trouvé l'occasion de faire ma demande. Il faut dire que nous sommes très déçus par l'endroit: ce n'est pas du tout comme dans la brochure! On pensait que c'était une ville calme. Dès l'arrivée à l'aéroport, nous avons vite déchanté. Je n'ai jamais vu autant de monde! Et dans le centre, ce n'est pas mieux! Il y a plein de touristes du monde entier qui courent partout avec leur appareil photo. Et ils ont l'air stressé! Sans parler de la pollution de l'air! Il y a des embouteillages monstres toute la journée. Et en plus, je pense que ce n'est pas une ville très sûre. Car depuis la fenêtre de notre chambre d'hôtel, nous avons déjà vu plusieurs convois de voitures de police, sirènes hurlantes, traverser l'avenue à vive allure. Non, vraiment, Copenhague ne mérite pas sa réputation de ville calme, verte, paisible, où il fait bon vivre. Je suis tellement déçu que je me demande même si c'est une bonne idée d'offrir ma bague maintenant. J'ai comme l'impression que ce n'est pas une ville pour faire de grandes déclarations...
dimanche 6 décembre 2009
Pour ou contre la minarette dans les cafés?
Selon des sources bien informées, un nombre important de votes contre les minarets en Suisse seraient dus à une mauvaise compréhension de la question. Il ne s'agit pas ici de dire que la démocratie directe a ses limites et qu'on ne peut soumettre au peuple une question simpliste sortie de son contexte. Non! C'est simplement un problème de double négation. En effet, la question posée était « Etes-vous pour l'interdiction des minarets? ». Ceux qui étaient contre les minarets étaient pour l'interdiction. Ceux qui étaient pour les minarets étaient contre, et devaient donc voter « non ». Certains ont perdu les pédales, en voyant « Oui » et « Non » sur leur bulletin. Et ils ont échoué: « Je suis pour, donc je dis oui!». Logique. Cet événement montre donc surtout une augmentation des problèmes de lecture et de compréhension, plutôt qu'un rejet croissant de l'Autre. Au fond, on devrait tenter une consultation similaire sur l'interdiction du tabac en Belgique: « Etes-vous pour qu'on n'autorise pas la cigarette dans les cafés avant 2014? » ou bien « N'êtes-vous pas contre l'abandon d'une règlementation anti-tabac dans l'horeca en 2012? ». Alors, oui ou non?
Retour à Bruxelles
Eventré sur le siège d'un taxi officiel
Quatre jours sans soleil, j'ai retrouvé Bruxelles
Aéroport mouillé et tramways surchauffés
Je m'élance à nouveau sur tes pavés congelés
Des abats de jeunes internationaux branchés
Font débat dans un vieux local déconnecté
Plaisirs d'hivers passés, tes printemps terrassés
Auront fêté Bruxelles jusqu'aux foudres d'été
Déréglées par une directive européenne
Les artères bruxelloises qui sont devenues les miennes
Font briller la police des quartiers affamés
Sur une rue de la Loi pas toujours respectée
Brel en est retourné, Bruxelles n'a pas changé
Quatre jours sans soleil, j'ai retrouvé Bruxelles
Aéroport mouillé et tramways surchauffés
Je m'élance à nouveau sur tes pavés congelés
Des abats de jeunes internationaux branchés
Font débat dans un vieux local déconnecté
Plaisirs d'hivers passés, tes printemps terrassés
Auront fêté Bruxelles jusqu'aux foudres d'été
Déréglées par une directive européenne
Les artères bruxelloises qui sont devenues les miennes
Font briller la police des quartiers affamés
Sur une rue de la Loi pas toujours respectée
Brel en est retourné, Bruxelles n'a pas changé
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