dimanche 19 octobre 2014

Vu devant la télé

Par hasard, l'autre jour, je suis tombé sur l'émission « Vu à la télé ». Il m'a fallu un temps pour comprendre. Le concept est le suivant. On filme des gens qui regardent la télé. Ils sont dans leur canapé, en couple, en famille, entre amis et ils commentent les émissions qu'ils regardent à la télé. A priori, c'est un peu idiot de montrer à la télé des gens qui regardent la télé. Pourquoi ne pas simplement coller un grand miroir sur l'écran? Ce programme pourrait toutefois connaître un certain succès. J'imagine que dans beaucoup de foyers, on regarde « Vu à la télé » en famille. Dès lors, on peut imaginer que bientôt, il sera intéressant de filmer des téléspectateurs qui regardent « Vu à la télé », c'est à dire des gens qui regardent des gens qui regardent la télé. Mais alors, me direz-vous, pourquoi ne pas aller encore plus loin ? Et lancer une émission qui recueille les commentaires de gens qui regardent des gens qui regardent des gens qui regardent la télé ? Je suis sûr que même à ce niveau-là, il y aurait encore des tranches de vie intéressantes. Et tant qu'on y est, pourquoi ne pas faire une émission sur ces gens qui regardent des gens qui regardent des gens qui regardent des gens qui regardent la télé ? En tous cas, avec Internet et le tout à la demande, on voit bien que la télévision est en crise existentielle et se cherche un nouveau départ. On verra quel sera le succès de « Vu à la télé ». Tout ce qu'on espère, c'est que la chaîne XXL ne reprendra jamais le concept.

vendredi 17 octobre 2014

"Petits cons de journalistes"

Désolé pour le titre. C'était ironique. Désolé aussi pour la longueur. Il faut dire que d'habitude, sur 13lignes.be, on ne raconte que des conneries. On caricature. On prend ce qui nous intéresse dans la réalité pour en faire un article. Mais cette fois-ci, comme la plupart des journaux ont décidé d'imiter notre manière de faire, on va être obligé d'essayer de faire du vrai journalisme, essayer d'être objectif. L'idée n'est certainement pas de défendre Theo Francken, mais simplement de tenter d'observer la réalité. Et nous ne parlerons donc pas des polémiques des jours précédents, mais seulement de cette histoire d'e-mail et de "kutmarokkaantjes". Premier constat: le mail est écrit en néerlandais. Toutes les traductions, "petit cons marocains" ou "petits cons de Marocains" ou encore "petits Marocains cons" (c'est déjà très différent) ont été faites librement par les médias francophones. En réalité, le terme "kutmarokkaantjes" est un néologisme. Il signifie littéralement "jeunes Marocains qui se comportent comme des cons". Il a été inventé en 2002, le soir des élections communales à Amsterdam, par un certain Rob Oudkerk, du parti travailliste et social-démocrate néerlandais, le PVDA (si, si). Là aussi, il avait été enregistré par des micros indiscrets et l'homme politique a été contraint de s'excuser ensuite et de clarifier ses propos. Ce qui nous mène à un deuxième constat: les e-mails, en principe, ne sont pas destinés à se retrouver dans la presse. Troisième constat. Quand on cite l'extrait "Tous les musulmans en dehors de Bruxelles, ce serait marrant :-)", on oublie le début de la phrase: "Ironique, mais quelle sera alors leur prochaine revendication? Tous les musulmans en dehors de Bruxelles? Ce serait marrant :-)" Il parle en fait du mouvement gay car c'est bien l'objet de l'e-mail, sa participation ou non à un événement "arc-en-ciel". On peut donc s'interroger ici si c'est le fait de voir les musulmans hors de Bruxelles qu'il trouve "marrant", ou bien le fait que la communauté homosexuelle, victime d'agressions homophobes qu'il attribue aux "Marocains qui se comportent comme des cons", pourrait finir, ironiquement, par rejeter les musulmans. Eh oui, ça devient compliqué. Mais la réalité est toujours compliquée. Ce qui nous amène au quatrième constat. A la fin de son e-mail, Theo Francken ajoute plusieurs "Post Scriptum" dont le dernier indique: "Avant qu'on me donne le prix de l'homophobie 2007, que cela soit clair: je suis POUR le mariage homosexuel." Theo Francken veut peut-être ainsi préciser que s'il émet des doutes sur sa présence à un événement du mouvement gay, cela ne veut pas dire qu'il refuse les droits qu'ils ont obtenus ou qu'il est "contre" eux. En effet, il doit choisir ce jour-là entre deux événements et nous sommes alors en pleine campagne électorale de 2007. Étrangement, cette phrase où Theo Francken déclare qu'il est pour le mariage homosexuel n'est reprise nulle part dans la presse.
En conclusion, il est très difficile de tirer une conclusion sur le personnage Theo Francken sur base de cet e-mail. Nous arrêtons ici le vrai journalisme pour faire un petit commentaire déplacé. On ne sait pas si Theo Francken est raciste ou homophobe, mais ce qui est sûr, c'est qu'il est un peu con. Ou en tous cas pas suffisamment armé pour entrer dans cet univers cruel que forment la politique et les médias. Eh oui, il y a des petits cons partout, y compris chez les journalistes. Mais ça reste entre nous, hein?

jeudi 16 octobre 2014

Comment Bart De Wever a sauvé la démocratie belge

Oui, je sais, le titre est provocateur. Mais il faut l'admettre. Depuis quelques jours, on entend de nouveau parler de politique. Un peu partout, dans les cafés, les restaurants, dans le tram, ça parle, ça se chamaille, ça "tchatche" comme dirait Raoul Hedebouw. Bien sûr, il y a les polémiques et les agitations de casseroles. Mais on parle surtout de pensions, de chômage, de travail, de TVA, de permis à points, de cannabis même! A la Chambre, ça hurle. L'opposition est bruyante. Même les journalistes sont étonnés, comme s'ils avaient oublié que c'était normal et même sain qu'on chahute dans un parlement. Ces dernières années, c'est comme s'il n'y avait plus d'opposition, à part celle, inaudible et inbuvable, du Vlaams Belang. Tout le monde était un petit mouillé dans tout. Aujourd'hui, il y a un vrai débat gauche-droite. Et cela se passe au fédéral, dans une seule démocratie. Pauvre Bart De Wever qui avait tenté de nous convaincre que le fédéral était une coquille vide, qu'il y avait deux démocraties en Belgique, que les Régions étaient centrales. Eh bien non, c'est l'inverse qui se produit. Hier, le gouvernement bruxellois a présenté sa déclaration gouvernementale. La veille, la Wallonie a présenté son budget. Quelqu'un en a entendu parler? Ce matin, à la radio, un journaliste parlait "du gouvernement", sans préciser lequel, comme si, dans la Belgique actuelle, il n'y en avait plus qu'un. Dès lors, faut-il dire "Pauvre Bart" ou "Merci Bart"?

mercredi 15 octobre 2014

Comment être d'extrême-droite sans se faire repérer

Ce n'est pas parce qu'on pense que "ces petites merdes de syndicalistes fumeurs de joints ont ruiné le pays avec leur mentalité de sales gauchistes donneurs de leçons et qu'on a enfin sorti du pouvoir cette mafia socialo-marxiste qui a profité du système pendant des années et organisé le déclin de notre société vers une immense partouze de bobos artistes au chômage et de fonctionnaires homosexuels dépravés sans valeur menant ainsi à la faillite morale de tout un pays qui a contribué au nivellement par le bas de l'âme humaine se perdant dans une soupe multiculturelle et métissée où l'oisiveté est devenue un sport national et la fainéantise une qualité promue par l'Etat, lui-même transformé en une grande industrie de production de rien, génératrice de chômage déguisé en emplois publics, permettant ainsi aux moins-que-rien des milieux populaires, aux crasseux écolos issus de l'immigration ou autres rats francophones, de se dorer la pilule sur le dos des quelques rares honnêtes travailleurs et entrepreneurs qui subsistent encore dans ce système pourri et dont le patrimoine acquis à la sueur de leur front a été ponctionné sans relâche, dans le mépris total des efforts fournis par ces gens respectables qui auraient bien leurs raisons de regretter l'époque de nos grands-parents, où le modèle allemand voulait dire autre chose qu'aujourd'hui", ce n'est pas parce qu'on pense cela, donc, qu'il ne faut pas s'exprimer avec courtoisie et respect dans le débat démocratique contemporain.

dimanche 12 octobre 2014

L'accord de gouvernement en 13 lignes

Comme beaucoup d'observateurs, nous n'avons pas lu l'accord de gouvernement. Mais sur base des commentaires qui circulent sur le Net, en voici les grandes lignes. Ce sera dur, très dur. D'abord, les pensions. Pas avant 67 ans, avec effet rétroactif. Concrètement, si vous avez 37 ans et que votre père est décédé à 62 ans ou a été pensionné à cet âge-là, vous devrez travailler 67 ans supplémentaires + le prorata différentiel des années non prestées par le père, soit 5 ans. En théorie donc, vous serez pensionné à 119 ans, sauf si vous avez travaillé plus de 15 ans avec des collègues « pénibles» - terme qui doit encore être défini en concertation sociale mais qui pourrait concerner une majorité de Belges. Pour l'index, c'est plus clair : suppression d'index pour tous les chômeurs et les fonctionnaires de longue durée. Dès le 1er janvier 2015, les index seront découpés et congelés pendant un an. Attention, les frais d'amputation seront pris en charge par l'employeur. Exception toutefois : ceux qui, pour des raisons personnelles ou familiales, peuvent justifier d'une utilisation régulière de leur index sont exemptés. La mesure est aussi « corrigée socialement » car les catégories les plus aisées, soit les Flamands qui roulent en Porsche, se verront couper l'index ET le majeur, afin de les empêcher de faire des gestes ostentatoires et provocateurs.

vendredi 10 octobre 2014

Pourquoi Laurette Onkelinx n'est-elle plus ministre?

Beaucoup de courriers nous sont parvenus cet après-midi, après la publication des noms des ministres du nouveau gouvernement. Nos lecteurs se posent la question: "Mais pourquoi Laurette Onkelinx n'est-elle plus ministre?" Evidemment, certains n'ont pas tout compris au fonctionnement complexe du système belge et c'est notre devoir de leur expliquer. En réalité, même si elle l'a été pendant 26 ans et même si les plus jeunes d'entre vous n'ont probablement jamais connu de gouvernement sans Laurette Onkelinx, elle n'est pas ministre à vie. En fait, la Belgique est une démocratie. Il y a des élections et sur la base des résultats, on forme des coalitions puis des gouvernements, composés de ministres. Et qu'on le veuille ou non, Laurette Onkelinx est socialiste et pour la première fois depuis 25 ans, son parti n'est pas dans la majorité au fédéral. Cela s'appelle l'alternance. Bien sûr, elle aurait pu changer de parti et devenir MR discrètement ou même devenir flamande (son père l'était) pour rester ministre. Mais cela n'a pas été possible en si peu de temps. Que va-t-il se passer pour elle désormais? Elle va devoir entamer une carrière dans l'opposition. Ce ne sera pas simple car c'est une toute autre façon de penser et il lui faudra sans doute du temps pour s'adapter. Elle a déjà créé un compte Twitter et devrait bientôt commencer à y publier des tweets hargneux, suivant en cela la trajectoire d'un de ses pères en politique, Philippe Moureaux, qui lui aussi a découvert l'existence de l'opposition à un âge avancé. Cela dit, Laurette Onkelinx a été une femme politique brillante pendant toutes ces années. En 26 ans, elle a marqué l'histoire du pays par ses nombreuses réalisations, qu'il ne faut même plus rappeler ici tant elles nous sautent immédiatement à l'esprit dès qu'on prononce son nom.

mercredi 8 octobre 2014

EXCLU: Voici les noms des ministres du gouvernement suédois

Premier ministre: Stefan Löfven, Vice-Première ministre, Ministre du Climat et de l'Environnement: Åsa Romson, Ministre de la Stratégie, de l'Avenir et de la Coopération nordique: Kristina Persson, Ministre de la Justice et de l'Immigration:    Morgan Johansson, Ministre de l'Intérieur: Anders Ygeman, Ministre des Affaires étrangères, Margot Wallström, Ministre de la Coopération internationale pour le développement: Isabella Lövin, Ministre de la Défense: Peter Hultqvist, Ministre de la Sécurité sociale: Annika Strandhäll, Ministre de la Santé publique, des Soins et des Sports: Gabriel Wikström, Ministre de l'Enfance, des Personnes âgées et de l'Égalité: Åsa Regnér, Ministre des Finances: Magdalena Andersson, Ministre des Marchés financiers et de la Consommation: Per Bolund, Ministre des Administrations publiques: Ardalan Shekarabi, Ministre de l'Éducation: Gustav Fridolin, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche: Helene Hellmark Knutsson, Ministre de l'Enseignement secondaire et de l'Éducation des adultes: Aida Hadžialić, Ministre de l'Énergie: Ibrahim Baylan, Ministre des Entreprises et de l'Innovation: Mikael Damberg, Ministre du Logement et du Développement urbain: Mehmet Kaplan, Ministre des Infrastructures: Anna Johansson, Ministre des Affaires rurales: Sven-Erik Bucht, Ministre de la Culture et de la Démocratie: Alice Bah Kuhnke, Ministre du Travail: Ylva Johansson.

vendredi 3 octobre 2014

Sunday Shock Day

Ce dimanche, c'est "Sunday Shopday". 3000 magasins seront ouverts dans toute la Belgique, à l'initiative de Comeos, la Fédération du commerce et des services, qui veut ainsi provoquer le débat. Et c'est plutôt réussi, car dès qu'il y a un changement chez nous, il y a un grand débat. Ouvrir les magasins le dimanche pourraient avoir des conséquences terribles sur l'organisation de notre société. Par exemple, les gens se déplaceraient plus et donc les chauffeurs de taxi, les conducteurs de tram ou de train devraient également travailler le dimanche. Il y aurait aussi plus d'accidents et donc les hôpitaux devraient ouvrir et les médecins et les infirmières devraient aussi travailler. Avec plus de monde en ville, les restaurants et les cafés seraient aussi tentés d'ouvrir leurs portes. Idem pour les cinémas et les théâtres qui, voyant cet afflux de monde dans les centres urbains devraient aussi s'adapter et mettre fin à leur habituel repos dominical. Rien que ce dimanche, la RTBF et RTL vont probablement devoir organiser un débat télévisé sur la question et rappeler leurs journalistes pour bosser à l'heure du repas de famille. Même les boulangers devraient peut-être se lever ce jour-là! Bref, beaucoup de changements en perspective. Finalement, ceux qui vont en profiter le plus, ce sont les vendeurs qui travaillent toute la semaine dans les magasins. Ils vont enfin pouvoir faire leur shopping tranquillement comme tout le monde. Mais les plus à plaindre, ce sont les curés qui ont déjà beaucoup de mal à remplir leur église : « Face à Zara ou Media Markt, on ne peut pas lutter ».

mercredi 24 septembre 2014

Comment écrire de bons titres quand on est journaliste Facebook?

Vous l'avez sans doute remarqué, de plus en plus de gens lisent les journaux sur Facebook. En fait, non, ils y accèdent à partir de leur fil d'information, où apparaissent les titres du jour postés par le "journaliste" qui gère la page officielle du journal en question. Du coup, ce dernier doit ajouter, en plus du titre, une espèce de "surtitre" qui commente en quelque sorte l'article en question. Pas toujours évident. Voici un petit guide pour vous aider à faire votre choix:

S'il s'agit d'une histoire avec un meurtre assez violent, idéalement commis sur des enfants: "Horrible!"
Si un enfant et un animal sont impliqués dans le meurtre et qu'il y a des éléments de torture: "Atroce!"
S'il s'agit d'un animal négligé ou abandonné: "Honteux!"
S'il s'agit d'un animal maltraité: "Scandaleux!"
S'il s'agit d'une statistique nationale sur le comportement des citoyens, par exemple, "83% des Françaises pratiquent la fellation":
"Et vous?"
S'il s'agit d'une histoire avec un chaton ou il y a une photo de chaton: "Mignon!"
S'il s'agit d'un buzz lié à une robe qui se déchire ou à une chute ridicule: "Oups!"
 
Bref, on le voit, l'arrivée de Facebook a encore complexifié la tâche des journalistes en ligne, qui doivent désormais non seulement relater des faits d'actualité mais également développer une analyse et ajouter un commentaire personnel afin d'apporter un éclairage particulier sur l'information. Ce qui est "Enorme!"



Illustration dans l'actualité récente.

mardi 23 septembre 2014

Bruxelles Gaga

Lady Gaga est donc venue enregistrer un clip sur la Grand-Place de Bruxelles, lundi soir. Et bien sûr, comme à chaque fois qu'il se passe quelque chose d'un peu inhabituel dans ce pays, cela a provoqué "un grand débat". On adore faire des débats en Belgique. A-t-on le droit de privatiser la Grand-Place de Bruxelles, notre espace public? C'est vrai qu'un lundi soir, le lendemain de la journée sans voiture, vous aviez tous prévu de vous rendre dans le centre-ville admirer la Grand-Place. Mais là, à cause de cette vilaine Lady, vous n'avez pas pu le faire pendant une grosse demi-heure. Et puis, quel scandale, ce n'était pas accessible à tous et elle n'a pas chanté "Pokerface"! Non, sérieusement, vous pensez vraiment qu'elle va s'amuser à donner des concerts gratuits sur la Grand-Place? C'est Lady Gaga, c'est pas le Grand Jojo! Elle a un jet privé! Pourquoi pas soutenir une campagne de l'IBSR tant qu'on y est? Mais bon, cela valait bien un débat national, une "Mise au Point", et des interpellations au Parlement. Dans n'importe quel autre pays, on aurait dit: "Lady Gaga à Bruxelles? Super!" Mais là non, il faut un débat. Et dans ce débat, tout le monde s'est un peu ridiculisé, y compris ceux qui défendaient le projet: "Il va y avoir d'énormes retombées médiatiques et la Grand-Place va être dans tous les médias américains". En cherchant ce matin dans Google les mots "Lady Gaga Brussels", on tombe surtout sur des articles de presse belges ou des sites de fans. Et l'image qui va faire le tour du monde, ce n'est pas la Grand-Place, mais sa robe transparente au bar-club branché "L'Archiduc". Eh bien oui, on a appris une chose hier soir. La Grand-Place, ce n'est jamais qu'une grande place. Et une chanteuse, ce n'est jamais qu'une chanteuse. Pas besoin d'en devenir gaga.